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Lutter contre la fraude en optique : une urgence pour préserver la confiance !

06 mars 2026

  • Edito du Président
  • Conformité
Jean-François Porte, Président du ROF

La lutte contre la fraude s’invite ces dernières semaines au premier plan du débat public, avec l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, dont les discussions devraient reprendre à partir du 23 mars. Ce texte pose une question de fond qui nous concerne également : comment renforcer l’efficacité de la lutte contre la fraude, tout en préservant les équilibres essentiels de notre système de santé, au premier rang desquels la confiance des patients, la responsabilité des professionnels de santé et la protection des données de santé.

Sur le terrain, la fraude en optique n’est ni théorique, ni marginale. Elle fragilise la relation de confiance avec les patients, jette le doute sur une profession pourtant très majoritairement exemplaire, et nourrit une logique de suspicion qui finit par désorganiser la chaîne de prise en charge.  Elle a aussi un coût collectif : délais, contrôles redondants, complexité administrative accrue, et parfois une pression généralisée qui frappe d’abord les acteurs conformes.

Face à cela, je veux vous redire ma conviction : les opticiens doivent être partie prenante des solutions. On ne construit pas une lutte contre la fraude robuste sans l’adhésion de celles et ceux qui appliquent les règles au quotidien. 

Cette implication des opticiens ne peut toutefois pas se substituer aux responsabilités des institutions de contrôle. La DGCCRF et la CNAM ont un rôle central : enquêter, sanctionner lorsque c’est nécessaire, structurer des contrôles ciblés et cohérents. Une politique antifraude crédible repose sur la capacité des autorités à agir de manière proportionnée mais déterminée, et pas seulement sur une circulation accrue de données sensibles.

La collaboration de tous les acteurs est désormais décisive.  

Dans ce cadre, j’ai souhaité que le ROF y contribue de façon constructive : diffuser le bonnes pratiques au sein de la profession, mettre à disposition des outils adaptés, et apporter un appui concret aux opticiens qui voient se développer autour d’eux des pratiques trompeuses ou frauduleuses.

Parmi les outils, les solutions de traçabilité des produits délivrés et financés sont un levier structurant. Depuis 2023, nous portons une solution de conformité fondée sur la blockchain, ouverte et interopérable impliquant les acteurs de la filière (opticiens, verriers/industriels, OCAM). L’objectif est de sécuriser des éléments de preuve, sans dériver vers une collecte excessive de données sensibles. Une traçabilité co-construite avec la filière permettra aussi de mieux cibler les contrôles, au bénéfice de tous, y compris des financeurs.

Enfin, notre vigilance sur le projet de loi s’inscrit dans cette recherche d’équilibre. Les dispositifs antifraudes ne seront acceptables et efficaces que s’ils s’accompagnent de garde-fous clairs : périmètre des données strictement limité, finalités limitées, accès encadrés et tracés, durées de conservation maîtrisées, prévention des usages détournés et respect effectif du secret médical. Le débat parlementaire de fin mars sera une étape importante pour consolider ces garanties.

Je le constate lors d’échanges avec mes confrères et consoeurs, faire reculer la fraude en optique est une volonté largement partagée. Elle appelle une réponse responsable des professionnels associés, des autorités qui assument leur rôle, et une coopération structurée autour d’outils fiables pour protéger les patients, préserver la confiance et renforcer durablement l’intégrité de notre filière.